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La Task Force de l'article 155

Dans son blog Palinuro , le professeur Ramon Cotarelo écrit : «L'Espagne n'est pas un État de droit mais un État de fait. Le gouvernement a suspendu la Constitution avec l'approbation de la majorité de l'opposition formellement sur une partie du territoire, matériellement sur son ensemble. La norme de la suspension est illimitée dans le temps et dans l'espace. Le pouvoir se passe de formalités institutionnelles, commissions, comités et autres conseils et est exercé par une seule personne. Le président et ses deux alliés forment un triumvirat d'action. Parfois, ils décident de créer un groupe de travail, une Task Force , pour une action immédiate, en fonction des circonstances, comme cet accord bilatéral Rajoy / Rivera pour maintenir l'article 155, la norme des pleins pouvoirs (partagé, comme on s'en aperçoit) de la dictature. Il est certain que cet accord éveille la jalousie du PSOE, exclu d'une telle décision transcendantale avec laquelle i...

Apotopie

Une apotopie, mot difficile à trouver dans les dictionnaires, est un espace fictionnel découpé dans l'espace réel. Le meilleur exemple en est «Región» , siège de bien des romans de l'ingénieur Juan Benet situé dans le haut León avec qui ce territoire partage des frontières cohérentes en altitude, végétation et toponymie. Une apotopie circule avec force ces temps-ci, dans les médias espagnols, plus que dans la bouche des habitants de la zone qu'elle circonscrit : «Tabàrnia» , un terroir constitué des zones ayant voté majoritairement pour les partis favorables à demeurer unis à l'Espagne et, au premier chef, Ciudadanos,  qui en est le bénéficiaire sinon le moteur, et un mot-valise associant TArragone à BARcelone. La volonté est caricaturale. D'ailleurs, d'aucuns n'ont pas tardé à saisir la paronymie de comptoir avec «taberna». Il s'agit de proclamer l'indépendance d'un ensemble au sein d'une communauté qui elle-même aspire à l'in...

Une lecture du 21 décembre

Une collègue occitaniste, Mélanie Laupies, diffuse cette précieuse traduction du message du Président Puigdemont sur le bilan des élections du 21 décembre : 1- L'indépendantisme dépasse pour la première les 2 millions de votants.  2- Nous avons 97 000 voix de plus par rapport aux élections de 2015. 3- Nous obtenons un meilleur score par rapport au 1er octobre et au 9 novembre. 4-Avec une participation record de 82%, nous éliminons le mantra "la majorité silencieuse"  5- Les unionistes ont juste réussi à rééquilibrer leurs voix, même si tout était prêt pour leur victoire. 6- Le PP qui gouverne la Catalogne à coup d'état 155 est arrivé dernier, avec aucune représentation à Girona, à Tarragona ni à Lérida et n'aura pas de groupe au Parlement.  7- L'implantation territoriale est extraordinaire: nous avons gagné dans presque 700 communes.  8- et si vous voulez voir la réaction de la presse internationale, cliquez sur le lien .

L'acharnement et la constance sereine

Les élections au parlement catalan, décrétées dans un laps de temps très court et sans aucune base légale, par le gouvernement espagnol, faisant de l'article 155 le ressort unique de sa politique, avec des candidats emprisonnés et d'autres exilés, a fait long feu. Les résultats sont clairs. Les partis favorables à l'indépendance et à la république ont réuni plus de deux millions de suffrages et ont obtenu la majorité absolue en sièges. Bien sûr des esprits chagrins diront que la coalition indépendantiste a obtenu deux sièges de moins qu'aux comices de 2015 et que Ciudadanos est arrivé premier en suffrages et en siège. C'est oublier que, d'une part, avec une participation record, les votes indépendantistes n'ont jamais été aussi élevés en dépit de la très grande difficulté, voire de l'impossibilité, qu'ont eu les électeurs de l'étranger pour s'exprimer, et, d'autre part, le triomphe du glamour  augure bien des tiraillements entre...

- Une crème catalane ? - Non : brûlée.

21 décembre, jour d'incertitude ? Non : jour de certitudes. Un ami, chanteur occitan, me raconte ce matin son voyage en Castille, cependant qu'au même moment j'étais à Barcelone. Il sent partout une hostilité sourde quand il tente de s'exprimer en catalan. À la fin d'un repas, en espagnol, il demande une «crème catalane» , on lui répond qu'ils n'en ont pas mais, par contre, qu'ils servent de la «crème brûlée» . L'hostilité n'est pas -n'est plus- contre des partis et des hommes politiques, voire les Catalans favorables à l'indépendance de leur nation. Non, elle s'exerce contre tout ce qui est lié à la Catalogne, le catalan, la catalanité. Et donc contre ceux-là même qui, Catalans de souche, de cœur ou d'adoption, voteront pour les partis unionistes. «Crème brûlée» , au lieu de «crème catalane» . On peut en rire, ou en sourire. Sous la dictature franquiste, il était interdit d'inscrire au menu des restaurants de...

Vilenie

Dans un huis-clos inquiétant, le dernier film d' Alex de la Iglesia , sobrement intitulé El Bar , les clients, coutumiers ou hasardeux, d'un bar se trouvent pris au piège sans pouvoir en sortir. Les heures passant, la tension accouche de bassesses, de reniements, et le droit du plus fort s'impose. Cette vilenie, toute fictionnelle, semble avoir présidé à un épisode rocambolesque : le vol des œuvres du musée de Lleida, sous couvert d'application d'une décision de justice. Comme pour les archives de Salamanque , un bras de fer opposait depuis plusieurs années l'État espagnol derrière le gouvernement de l'Aragon à propos d'œuvres d'art, originaires du monastère Sainte Marie de Sigena , déposées au musée de Lleida. Le bras de fer s'annonçait long, le gouvernement, arguant de l'application de l'article 155, décidément fort élastique, en a précipité l'issue en autorisant l'usage de la force pour y parvenir. Dans la nuit de dimanch...

Un retour du printemps ?

Mon titre est d'une ironie amère et irrévérencieuse. Il provient de l'un des versets de l'hymne phalangiste Cara al sol   : «Volverá a reír la primavera» . Pendant de longs mois, on daubait en Catalogne le Parti Populaire et ses discours en qui l'on voyait une immense fabrique à indépendantistes. Puis vinrent les violences du premier octobre, les incarcérations, les exils. Et voilà que la confiance revient, à la suite des bévues et des coups de menton en provenance du mouvement, pardon, du parti au pouvoir.  Par la voie de son commissariat à la justice, l'Union Européenne, ne voit aucune raison à réformer les ordres européens de détention , comme le souhaitait Mariano Rajoy. En mettant en doute publiquement le chiffrage de la manifestation de soutien aux prisonniers politiques du 7 septembre, le porte-parole du Parti Populaire au parlement européen, Esteban González Pons , s'est attiré les foudres du gouvernement et de la population belges, d'a...

Sang et Or

Quand j'étais enfant, je ne comprenais pas qu'on appelle le club de rugby de Perpignan, l' USAP , les «Sang et Or» , parce qu'il m'était impossible d'associer le rouge au sang et le jaune à l'or. Le temps a passé et je crois que mon éveil à la symbolique usapiste a  contribué  grandement  à ma passion pour la rhétorique, entre métaphores, métonymies, synecdoques et catachrèse. Et voilà que les «Sang et Or» de mon enfance se sont ravivés hier au cœur de l'Union Européenne, dans les rues de Bruxelles. L'or de 45 000 Catalans venus «à pied, à cheval, et en voiture», pour reprendre la savoureuse expression de Michel Debré , père de la Constitution de la Ve République française. Le sang des sapeurs-pompiers de Catalogne, moins celui de leurs tenue anti-feu qu'ils arboraient que celui qu'ils ont spontanément offert à la Croix Rouge bruxelloise . Dans un monde commandé par le profit immédiat, obéré par la corruption dont M. Rajoy est une ...

«La seule chose qu’on veut, c’est pouvoir voter en liberté.»

Anna Gabriel de la Candidature d'Unité Populaire (CUP) a été l'invitée d'une émission québecoise à succès le 1er décembre dernier, vous pouvez en consulter la vidéo ici .

Le «machin»

Dans son discours de Nantes du 10 février, le général de Gaulle, dont se réclament tant de politiciens français de gauche comme de droite, parle de l'ONU comme d'un «machin» , sur le mode désinvolte d'Albert Cohen peignant dans Belle du Seigneur , un haut-fonctionnaire de la SDN , Adrien Deume, passant le plus clair de son temps à affûter des crayons. Cinq ans plus tard, dans une conférence de presse dense dont l'INA a conservé l'enregistrement , il précise sa pensée et si le machin n'intervient plus, le machinisme fleurit qui détermine nos sociétés en mutation. Il rêve d'une Europe «de l'Atlantique à l'Oural» comme berceau de la concorde. Or il semble bien que l'on soit revenu au temps du «machin» . Un «machin» qui s'appelle «Union Européenne» . L'Espagne vient de retirer l'ordre d'arrestation à l'encontre du président Puigdemont et de quatre de ses ministres. Une demi-souplesse car, s'ils sont libres d...

La révolution catalane et les élections selon Ramón Cotarelo

Dans son blog Palinero , le castillanophone Ramón Cotarelo analyse la situation actuelle : «La campagne électorale du 21 décembre vient de démarrer dans des conditions exceptionnelles. Les élections elles-mêmes, imposées illégitimement et illégalement par un gouvernement corrompu, sans autre autorité que celle que confère l'usage de la force, sont exceptionnelles. Tout ici est exceptionnel. Toute la Catalogne est sous contrôle, occupée et soumise à l'arbitraire de l'article 155, avec laquelle le bloc national espagnol (Parti Populaire, Parti Socialiste, Citoyens avec le soutien hypocrite de Podemos) vise à empêcher et extirper la révolution catalane en marche. Certains, de droite, le font par conviction réactionnaire traditionnelle ; d'autres, le PSOE, soi-disant de gauche  et Podemos, parce qu'ils ne peuvent pas tolérer une révolution démocratique et républicaine en Catalogne, car cela met en évidence leur manque de projet politique non seulement pour la Catal...

«In medio stat virtus» ?

La vertu se tient au milieu. J'ai longtemps fait de cet adage médiéval une règle de vie et je tiens la «mediocritas» latine, aussi humble qu'exigeante, pour un sain(t) principe de vie. Hélas de «mediocritas» à «médiocrité» il y a le fil du temps, implacable.  L'Espagne, dans sa gestion de la crise catalane, en donne un exemple frappant, tant au niveau de l'État qu'à celui des individus. Dans un jeu de duettistes tragicomique, le ballet entre l' «audiencia nacional» et le «tribunal supremo» , a accouché non pas d'une souris mais d'une injustice dans l'injustice, révoltante. L'on sait le peu d'épaisseur légale qui a présidé à l'incarcération préventive des ministres et représentants de la société civile. En refusant de libérer le vice-président Junqueras, le ministre Forn et les deux Jordis, tandis que six autres ministres l'étaient sous caution individuelle de 100 000€, le juge Pablo Larena a manifesté que la séparation des po...

Asphyxie espagnole

Cinq semaines après avoir suspendu l'autonomie de la Catalogne par la mise en place de l'article 155, le gouvernement espagnol a mis à exécution sa menace de démanteler la politique étrangère du gouvernement catalan. L'exécutif de Mariano Rajoy, en vertu des pouvoirs conférés par l'article 55, a démantelé les délégations de la Generalitat à l'étranger avec le licenciement de 33 travailleurs des ambassades de Catalogne, dans des villes comme Londres, Paris, Berlin et Washington, entre autres. Tous sauf ceux de la délégation de Bruxelles, le seul bureau catalan qui reste ouvert. Pourtant, la plupart des régions espagnoles en ont et la Cour constitutionnelle a garanti au début de l'année l'existence de bureaux de promotion à l'étranger des communautés autonomes. Le Tribunal Constitutionnel a donc reconnu la légalité des bureaux de la Generalitat, prévus dans le Statut. La situation est asphyxiante, aussi d'un point de vue économique. ...

Pau Casals ce dimanche à Barcelone

Pau Casals avait dit « La  musique chasse la haine chez ceux qui sont sans amour. Elle donne la paix à ceux qui sont sans repos, elle console ceux qui pleurent » Plus de 6000 chanteurs , 700 guitares, 520 violons, 470 saxophones, 373 flûtes traversières, 277 clarinettes et 216 violoncelles, tous bénévoles ont rempli la Plaça d'Espanya de Barcelone lors d'un concert organisé par Òmnium Cultural et Músics per la Llibertat . Sous la devise «Faisons de notre liberté notre hymne, que la musique devienne notre voix» , le récital a voulu montrer l'engagement du monde artistique dans la défense des institutions catalanes et la revendication de la libération des conseillers emprisonnés et les dirigeants souverains, Jordi Cuixart et Jordi Sànchez. Pourtant l'attaque espagnole des médias catalans, du système scolaire, le contrôle du Parlement et la police, se poursuivent et l’extrême droite espagnole qui se promène dans nos rues avec une totale impunité et avec...